Journal Horoya

LI Jun:  » J’espère que la Guinée deviendra une destination touristique pour la Chine » (Interview)

Du 04 au 28 juillet 2017, une cinquantaine de journalistes et fonctionnaires guinéens ont participé à un séminaire de formation organisé par le ministère chinois du Commerce. Au cours de cette formation, plusieurs universitaires ont développé des thèmes liés à la culture, à l’éducation, à  l’économie, à l’influence chinoise dans le monde. Pour le cas spécifique de l’Afrique, nous avons interviewé M. LI Jun sur l’initiative chinoise « Ceinture et Route »,  les relations entre l’Afrique et la Chine et l’avenir du continent africain. Interview

Horoya: La Chine a lancé une initiative appelée « Ceinture et route ». Quels sont les impacts attendus par l’Afrique?

LI Jun: je pense que la communication est quelque chose de très important pour le développement de l’économie. En Afrique, le transport peut permettre de faciliter les échanges entre les Etats et cela peut aider aussi à écouler leurs produits. Pour s’enrichir, il faut d’abord, bâtir la route.

Cette initiative retrace la route de la soie. Elle traverse de nombreux pays asiatiques,  européens et africains. Au-delà de ces pays-là, vous nous avez expliqué que si les pays africains étaient concernés par cette initiative, ils peuvent présenter des projets bancables à la Banque d’Investissement et de développement asiatique. Qu’est-ce qu’il faudra faire à ce niveau?

C’est à propos des nouvelles routes de la soie. Les pays africains sont concernés. D’abord, on dépasse l’ancienne notion de la ceinture et de la route. C’est-à-dire, il ne s’agit plus seulement des pays riverains. Nous voulons coopérer avec tous les pays en matière d’infrastructures.

Les pays africains sont en bonnes relations avec la Chine depuis l’histoire et nous avons une complémentarité économique. Il faut donc vraiment faire quelque chose dans ce cadre-là. Donc, l’Afrique a besoin de renforcer son infrastructure. Et la Chine peut fournir cette technologie de capacité industrielle appropriée.

Si l’Afrique est riche en ressources énergétiques, c’est grâce à cette complémentarité et ses avantages. Nous allons  coopérer. Si l’infrastructure s’améliore, je pense que le développement économique sera plus accéléré et facile. Je pense que dans cette initiative, on aura beaucoup de projets à faire dans le cadre de la Ceinture et de la route de la soie.

La Guinée est un pays très ami à la Chine depuis déjà une soixantaine d’années. Nous avons fait beaucoup de projets de coopération. Là, c’est un autre vent d’impulsion. Notre coopération sera plus prometteuse.

Les relations diplomatiques sino-africaines sont au beau fixe. Comment expliquez-vous cette entente. Ets-ce c’est dû  au fait qu’il y a une similarité dans leur histoire?

Avant les années 60, l’Afrique a été colonisée par les Occidentaux tandis que la Chine dans les années antérieures, a goûté aux invasions, aux interventions militaires des puissances occidentales. C’est pourquoi, nous partageons, nous avons vécu un passé semblable. Il reste beaucoup de traits communs parce que nous sommes partis d’un point d’un même degré. Nous nous sommes émancipés.

L’Afrique s’est débarrassée de la colonisation et la Chine aussi s’est débarrassée de l’occupation extérieure. La Chine et l’Afrique avaient un point de départ semblable aussi. Et ensuite, nous sommes tous des pays en voie de développement.

Sur la scène internationale, les deux parties préconisent un multilatéralisme et se soutiennent l’une de l’autre. Par exemple, la Guinée et les autres pays africains ont donné un coup de main considérable pour que la Chine puisse recouvrer son siège au sein de l’ONU même au sein du Conseil de sécurité.

Pour la Chine, étant donné que c’est le besoin immédiat, de reconstruction économique. Après l’indépendance, la Chine a envoyé en Guinée la première équipe médicale. Ensuite, il y a eu assez de projets économiques en Guinée et dans les autres pays africains.

On veut réaliser une coopération exemplaire sud-sud. Donc, nous avons beaucoup de points communs. Nous avons vécu presque le même passé et les problèmes que nous rencontrons actuellement sont similaires. Nous sommes tous des pays en voie de développement. Ce sont les mêmes enjeux, les mêmes difficultés et les mêmes défis à surmonter.

La Chine a connu une histoire tumultueuse et une succession de dynasties. Après, il y a la réforme, l’ouverture et aujourd’hui votre pays est considéré par beaucoup d’observateurs comme un pays développé bien que vous vous ayez une idée contraire. Comment expliquez-vous cela?

Après quarante ans de réformes, la Chine a fait des progrès. C’est vrai.  Mais, cela dépend de la vision. Dans l’ensemble, la Chine est la deuxième puissance économique mondiale en terme de PIB (produit intérieur brut) général d’un pays.

En réalité, nous sommes un pays en voie de développement parce que le PIB par tête, notre place se trouve au 80e rang mondial. Donc, la Chine est encore un pays pauvre, un pays en voie de développement.

La Chine et la Guinée ont assez de points communs, nous devons partager nos expériences de réformes et d’ouverture. Nous avons des régions chinoises qui se trouvent au même niveau que certaines régions guinéennes sur le plan économique. Donc, il faut renforcer notre coopération politique, économique, culturelle, etc.

La Chine promet d’investir quelques 60 milliards de dollars  d’investissements en Afrique. Quel est le volet de la coopération sur lequel la Guinée peut espérer?

Durant la première conférence du Forum de coopération Chine Afrique pour le développement (FOCAD), la Chine a annoncé une enveloppe de 60 milliards de dollars américains. C’est une bonne nouvelle. L’argent sera destiné ou utilisé dans le renforcement de la coopération sino-africaine. Ces fonds, c’est d’abord les infrastructures dont a besoin l’Afrique.

Ensuite, il y a l’industrialisation. L’Afrique a besoin aussi de ce fonds et aussi le bien-être. On a dix grands programmes. Je viens de mentionner trois. Je pense que la bonne utilisation de ce montant va certainement bénéficier à l’Afrique. Bien sûr, il faut diversifier la coopération. A part la coopération intergouvernementale, je préconise une coopération diversifiée et plus entreprise, des sociétés publiques ou privées. Il y a plusieurs façons de coopérer.

Vous avez dit que vous êtes semi-africain. Qu’en est-il?

Je suis semi-africain parce que j’y ai travaillé pendant 6 ans. L’Afrique m’a donné une bonne impression, je fréquentais souvent des amis locaux. Je mangeais comme eux-mêmes à la main. Les Africains sont très amicaux en vers les Chinois. L’Afrique est aussi très jolie parce que si on compare la culture humaine, le paysage, la nature, les ressources, il y a une très grande différence. C’est pourquoi maintenant de plus en plus de Chinois veulent aller visiter l’Afrique.

J’espère aussi que la Guinée deviendra une destination touristique pour la Chine. L’Afrique a la mer, les plaines, les fleuves, les végétations, les animaux, tout ce que le Chinois ne peut pas voir en Chine puisqu’on s’est un peu trop industrialisé. On a changé la physionomie de la nature.

Quel avenir pour l’Afrique?

L’avenir de l’Afrique sera radieux. Parce que c’est un continent non seulement berceau de la communauté humaine mais aussi, c’est un continent émergent qui maintient une croissance économique continuelle depuis des années. Le continent possède beaucoup d’atouts en ressources, en énergie et en population. C’est un continent très prometteur. Je compte beaucoup sur le continent pour l’avenir du monde.

Interview réalisée par Amadou Kendessa Diallo en collaboration avec Le Populaire et Guineenews

 

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