Journal Horoya

Accord politique inter-guinéen: voici le point qui divise la classe politique

Les accords obtenus lors du dialogue politique inter-guinéen présidé par le ministre général Bouréma Condé sont loin de faire l’unanimité. Plusieurs partis politiques de l’opposition et des plateformes de la société protestent ces accords et menacent de saisir l’assemblée nationale. La désignation des chefs de quartiers et des présidents de districts constitue la pomme de discorde. Ibrahima Silla Bah, membre du Front pour la défense des droits du citoyen né au lendemain de ses accords revient ici sur ce qu’il appelle « une dérive« .

Quelle est votre partition dans la plateforme appelée front pour la défense des droits du citoyen -FDDC?

Cette plateforme se réunit essentiellement autour d’un point principal à savoir al protection du droit de vote des citoyens. C’est un droit fondamental au niveau des districts et des quartiers.  Il faut que ces quartiers et districts puissent élire librement leurs candidats  et que ces candidats ne soient pas désignés par quelques partis politiques que ce soit. Nous voulons éviter cette dérive là et nous allons user de tous les moyens légaux possibles pour nous opposer  à ce que cette disposition soit acceptée au niveau de l’assemblée nationale.

Les membres de votre plateforme ne sont pas nombreux au Parlement.  Si vous n’êtes pas rejoints par d’autres députés, pensez-vous que ce possible de satisfaire par votre revendication?

Ce projet interpelle la conscience de beaucoup de gens. Nous avons eu beaucoup de réactions. Vous avez vu que le parti de Sidya Touré, l’Union des forces républicaines -UFR- s’est désolidarisée de cette disposition. Je pense que la société civile doit faire en particulier son travail de sensibilisation de masse pour que les gens sachent l’enjeu  de cette disposition parce que c’est un déni total de la liberté d’expression à la base.

Ce que vous avez dû remarquer quand les populations sont embrigadées dans un parti ou dans un autre, ce sont des affrontements qui n’en finissent plus, on utilise plus la raison pour regarder l’intérieur supérieur de la population. On se range derrière un groupe ou un autre.

Nous voulons en finir avec cela.  Que les gens élisent librement leurs dirigeants et qu’on se mette dans le  travail de développement  enfin de compte c’est ce qui important pour les gens. Vous avez remarque depuis des années, on ne s’occupe de l’essentiel dans le pays. Personne ne parle de l’état de nos routes, de la santé. Chaque fois que l’on se réunit,  c’est sur des dialogues politiques et sur des questions qui remettent en cause entièrement  les libertés que nous avons acquises ces dernières années. Il faut que petit à petit qu’on construise sur ces acquis-là plutôt que de faire marche arrière.

A mon avis, le combat va être dur mais je pense qu’on peut perdre une bataille mais pas la guerre parce que c’est le chemin de la liberté qu’on a tracé et le Guinéen veut sa liberté. Il ne faut pas qu’un parti politique le prive de sa liberté. L’adoption est un acte régressif  pour la liberté en Guinée.

Comme vous, la société civile, en sa qualité d’observateur, dénonce cette disposition de l’accord global du 12 octobre 2016. Peut-on s’attendre dans les prochaines semaines à des manifestations de rue pour pousser les signataires de ce dialogue à abandonner cette disposition?

C’est une disposition qui est constitutionnelle (allusion à l’article 10 de la constitution qui stipule: « tous les citoyens ont le droit à la manifestation et de cortège […]). S’il faut sortir dans la rue pour manifester, cela fera partie des dispositions que nous allons prendre. Mais, toujours, est-il,  nous avons une plateforme qui est en train de travailler là-dessus pour voir quelles sont les actions qu’on va mener. Si le pouvoir aujourd’hui ne recule quand il voit une masse derrière vous, je pense que ce problème doit interpeler la nation guinéenne entière et surtout c’est cette nation qui doit se lever pour qu’on ne lui prive pas de la liberté qu’elle a acquise et pour laquelle, beaucoup de sacrifices ont été consentis.

Quel appel avez-vous à lancer à vos collègues du Parlement?

AU niveau de ce parlement, pour des questions essentielles, qui touchent le fondement de la république que chacun en son âme et conscience, juge de ces questions et que tous, ensemble, qu’on récuse cette disposition parce qu’elle est la négation de la liberté, la négation de tous les acquis démocratiques de ces dernières années. J’appelle tous les députés d’exprimer librement leurs pressentiments et de ne pas se laisser embrigader par un groupe politique ou un autre.

Interview réalisée Amadou Kendessa Diallo

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*